Epidémie #2

Ville-gangrène. Elle qui nie l’aurore et ses poussières. Elle qui porte à sa face blême les vapeurs éclatées des charniers. Cœur presque-mort des rues et des places ; fontaines sèches et sources taries ; unique meurtrissure étendue sur le fleuve. Ville aux ponts levés où le siège est porté jusqu’au corps même de ceux qui vont mourir. La nuit, c’est une grande peau d’ombre qui tombe sur les fenêtres, et, dans les chambres muettes, derrière les façades atones et grises de la cité, on comble les placards et les lits de cadavres et de morts. Ville sans recours. Silhouettes passantes, essuyées de soleil, d’attente et de fuite. Ils cherchent une passe, un trou, une fêlure, un espace infime dans les murs ; mais les autres ont tout fermé et personne ne peut sortir. Entassement de corps ; abrutissant de lumière, le jour écrase l’air vicié et oblige les bouches à la respiration. Ville sans refuge et sans ciel. Corridor interminable de visages qui s’entassent jusqu’aux nuages secs. Il ne reste rien que ce bouleversant silence que personne ne brise. Ville-peste où tu vois que l’espoir est mué en attente. Multitude étouffée. De proche en proche des mugissements discrets font trembler les parois de l’avenue désertée. Souveraine tranquillité des horloges et des cadrans solaires. Et le jour décline et tu sais que personne ne viendra, et tu sais que tu ne bougeras plus. Rougeur sanguine sur les tôles. « Au revoir » liquide et phosphoré adressé aux passeurs. Personne ne songe plus à appeler au secours et c’est aphone que l’on tombera. Ville où les vivants sont las de bouger encore, où les cloches ne sonnent plus par fatigue de n’appeler personne, où les peaux sont sèches et écarlates et où la tombe est un rêve que l’on fait en dormant. Ville aux paupières closes exposant ses viscères ; de fond en comble creusée par la maladie, elle s’épuise, s’endort et répète, encore et encore : « oubli ».

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2 commentaires pour Epidémie #2

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