Fragment #3

(…) qu’une grande machine avait était laissée, sans doute durant la nuit, au centre de la cour. Un petit groupe s’était congloméré autour de l’étrange chose et cherchait à comprendre son fonctionnement. La forme de l’objet n’inspirait personne et moi-même, alors que je m’approchais, je n’arrivais pas à savoir ce dont il s’agissait. Cela ne ressemblait à rien que l’on connaissant : ça avait vaguement la forme d’un cube dont on aurait articulé les parties par des jointures souples et métalliques. Fendu en son milieu, le cube laissait apparaître des mécanismes complexes qui s’égrenaient lentement, à un rythme irrégulier. Un bruit très doux, comme un feulement, se dégageait de l’engin et, étant plus prêt maintenant, je pouvais même percevoir un léger tressaillement de l’appareil et de ses jointures (…)

(…) l’hypothèse de Madame de Stens ne pouvait évidemment pas être rejetée immédiatement et, pour tout dire, je n’avais rien à opposer à son argumentaire fort bien construit et réfléchi. Toutefois, quelque chose résistait en moi et, sans qu’il m’était possible de dire pourquoi, je ne pouvais en aucune façon approuver son point de vu. Certes, la découverte de la machine n’avait apporté que de funestes et terribles conséquences, mais il m’était tout à fait impossible de croire qu’il s’agissait là de l’œuvre du diable. Le démon me semble avoir bien assez d’occasion de se présenter à nos yeux, sans apparaître de manière si ridicule sous la forme d’un cube grisâtre dans la cour intérieure d’un petit hôtel parisien. Je n’avais néanmoins rien à de rationnel à répondre à Madame de Stens et, à défaut, j’approuvais d’un balancement de tête entendu et ouvrais la porte de mon appartement. (…)

(…) et, alors que je regardais, amoureux, les reflets du soleil sur sa peau nue et que j’admirais les délicates rondeurs de ses hanches, à moitiés dissimulés par les draps, elle s’exclama :

« Et la machine ! »

Et, ce disant, elle se leva et alla nue à la fenêtre voir comment se portait le gros cube au milieu de la cour.

« Quoi la machine ? Répondis-je, quelque peu vexé par la tournure que prenaient les événements.

_ Ont-ils enfin trouvé ? »

La question avait quelque chose de saugrenue dans sa bouche : il me semblait presque inconvenant qu’une si charmante créature puisse s’interroger sur l’utilité de la Machine. J’y voyais une forme de sacrilège et une colère froide me gagnait lentement alors que je réfléchissais à la meilleure réponse à apporter.

« Ils cherchent », dis-je d’une voix sèche, « ils cherchent et ne trouvent rien. » Elle n’écoutait déjà plus et s’était encore une fois échappée dans ces sortes de rêveries qui m’avaient autrefois charmée. Un silence s’installa et l’on ne bougeait plus. Elle s’était légèrement penchée à la fenêtre et les grands rideaux s’enroulaient autour d’elle avec le vent, comme un voile.

« Ils ne trouveront rien » murmura-t-elle finalement. (…)

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