Exil

J’ai remplacé la mer par les murs. J’ai cloîtré moi-même dans des ruines. J’ai raboté l’horizon par la pierre et j’ai étouffé le port de bruine. Le bleu a été déplacé sur ses lèvres, ses yeux, et l’océan entier est tombé. La grève en colline a été oubliée et j’ai fait de l’amante l’écume. À l’hauban même j’ai donné un nom, cloué sur son visage une vague. Île-refuge que j’habite et qui paraît comme un morceau du reste du monde. J’ai détourné les tempêtes en jardins. Mais rien ne se laisse faire tout seul ici : mon port est édifié sur une plaie. Il porte avec lui les corps que j’ai traversés. Il a le ciel liquide en partage et la nuit naufragée. La pluie s’y déplace encore et fait craquer les os sculptés de la pierre. J’ai remplacé la mer par un rêve. J’ai fait pendre au lierre des façades du sel. J’étreins l’eau entre ma fenêtre et le toit. Mais l’ennui a dépassé mon havre et j’attends, patiemment, que vous passiez mon corps sourd à la tombe. J’enchâsserais ma mémoire dans la glaise alors, en littoral, le bois, me fera une frontière et j’aimerais l’exil autant que mon rivage.

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