Erreur 404 [Martin Tamarre]

L'arbre

Viens, embrasse les fantômes d’étoiles nues
Toutes les lumières que la nuit laisse en traces
Et qu’il nous faut poursuivre le moment venu
Toute la nuit avant que la nuit passe.

Viens, je sais que demain va revenir bientôt
Et que peut-être alors il te faudra partir
Et que les ombres que j’ai creusées dans ta peau
Ne laissent, le jour, aucun souvenir.

Ton nom déjà se perd dans ma mémoire
Et ton visage, et tes yeux, il ne reste rien
Ton corps entier est tombé dans le soir.

Viens, il faut que tes lèvres rendent au matin
Sa première couleur et son étrangeté,
Perdre nos heures comme au bout d’une jetée.

Monologue #4

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« L’horloge de la chambre d’hiver s’est tue et c’est la pièce entière qui a cessée de vivre. Au centre, le lit, comme un grand visage clos, accueille des ombres lascives ou lassées qui s’épanchent sur les draps. Je m’y rends parfois. Je tire ma peau sur d’autre peau que moi, comme un rideau tendu sur des fenêtres closes. J’empêche la lumière de rentrer. Là-bas, je me sens plein de tout ce que mes doigts ont fait fuir, j’engouffre mes lèvres dans ce qu’il reste d’été et je bois. Je bois des visages qui ne me disent rien, que je ne reconnais pas, je bois la clarté bleutée de vieilles heures, et j’attends. Parfois, je crois sentir la nuit déchirée par des mains qui ne sont pas les tiennes et alors partout, sur les plafonds, sur les murs, de toi il reste des traces, des empreintes que je dénombre, que je liste, que je classe, comme des ruines dont il faudrait faire le compte et qu’on embrasserait. »

De la rencontre d’un bambou et d’une bouteille de Muscadet, etc. [Le Jardin]

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Aléatoirement s’ouvre autour des choses des espaces de curieuses rencontres et, à l’occasion, si l’on s’y loge, si on se situe à l’exacte rencontre des objets, c’est comme si nous étions soudainement là où il se passe quelque chose. Nos pièces habituellement vidées de toutes éternités sont comme ramenées à un magma originel, une fusion où la rencontre d’un fil orange et d’une chaise est semblable à l’explosion d’une étoile, à l’effondrement d’un astre ou à je-ne-sais-quel événement cosmique dont l’ampleur est tel qu’il change la nature même des choses. Il faut peut-être atteindre une certaine forme de fatigue pour toucher à ce dépaysement, pour dénommer les objets au point de les rendre à ce qu’ils sont primitivement : de simples formes, de purs amas de matière. Que dire alors du baiser entre deux livres qui n’ont rien à voir entre eux ? De l’équilibre précaire d’une table posée sur la tranche et d’un étendoir à linge ? Me voilà avec une pièce si déménagée, si déconstruite et désorganisée, qu’elle me donne l’image même d’un monde et je suis, comme avant dans la voiture lors des grands voyages, égaré en un lieu qui n’a pas de secret pour moi.