Bouche close

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Il faut savoir un jour se taire
Comme on s’enterre lèvres closes
Du silence à ses lèvres roses
Jetée de fleurs poignée de terre

C’est à son deuil que l’on répond
La bouche en cœur la bouche en rond
Tête penchée sur ce qui dort
Dans son cœur gris ou son cœur mort

Et ceux qui passent dans la rue
Portent sur leurs épaules nues
Le corps si long de la nuit même
L’œil creusé le visage blême

Et c’est ta peau ou ta tristesse
Que je portais sous les averses
Le soleil même était noyé
De l’eau sèche de notre été

Maintenant il faut vivre encore
Vivre bas comme l’on s’endort
Avoir la vie des nuits tombées
Juste debout juste couché

 Chercher ce qui n’existe plus
Un soir bleu-blanc de mai peut-être
Un soir qui a dû disparaître
Et où nous nous sommes perdus

 Il faut savoir un jour se taire
Être muet contre sa nuit
L’ennui commence avec la vie
Et tout amour est une guerre

Mythologie #1

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Il te faudra finalement revenir sur tes mythologies, ôter du ciel ce que tu as mis en lui, -nommer les étoiles, -placer les comètes et les constellations. Il te faudra perdre le souvenir heureux que tu gardais de ton premier regard dans la nuit, parce qu’il ne peut y avoir de naissance pour celui qui possède une mémoire. Il te faudra rendre nu le monde, déterrer des ombres l’ombre de visages déjà-vus, parce qu’il ne peut y avoir de naissance pour celui qui ne rencontre plus rien.  Il te faudra enfin te perdre toi-même dans les songes, te plonger dans un sommeil si profond qu’il te paraîtrait aujourd’hui sans retour, parce que celui qui ne s’égare pas ne peut en lui rien trouver de nouveau. Tu dois te dévêtir de ces multiples peux qui t’encombrent et font de toi un fantôme, te rendre aussi peu dense que la brume ou que son souvenir et toutes les choses doivent t’apparaitre vagues, incertaines, comme observées depuis un autre rivage. Une fois que tu te seras rendu pareil au vide, pareil à une béance, une fois qu’on ne pourra plus rien dire à ton propos parce que tu ne laisseras sur le monde aucune trace tangible, il te faudra revenir à nous, donner de nouveaux un nom aux étoiles, tracer une fois de plus dans le ciel des images et faire de la nuit ton refuge plutôt que ta prison.