Insomnie #11

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J’ai planté un couteau dans ta chair, une lame indolore, invisible et qui n’existe pas ; j’ai découpé tes yeux, ta bouche, et ta gorge ouverte en deux fait au loin des montagnes, et ton ventre est percé de mille plaies que tu ne sens pas, et tes jambes ne tiennent sur rien ; j’ai déchiré ta peau entière jusqu’à ce qu’il ne soit possible de ne rien reconnaître de toi, de ne rien retrouver, jusqu’à ce que tu ne sois rien d’autre qu’une pure surface étrange, un masque ou une vision. J’ai lacéré, écorché, balafré jusqu’au centre du monde, je n’ai laissé de toi que des morceaux, des lambeaux, des fragments et tu n’es maintenant qu’une sorte de fantôme en haillon, qu’une forme. Et tu es là, entière. Quelque chose en toi est planté, mais tu ne le sais pas, quelque chose en toi attend, sourd, de venir au monde, de paraître. Au jour, ton corps disparaitra, traversé par trop de lumière. Tu ne seras même plus une présence. Même plus un être. J’ai passé tant de temps à te nier, à te dénier le droit d’exister, que je ne sais plus ton nom. Je t’appelle spectre, éclipse, fiction, tout en sachant que ce n’est pas toi que j’appelle. Il y a derrière mes mots quelqu’un d’autre qui n’est pas toi et dont le nom ne peut être prononcé. Maintenant, tout est à recommencer.

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