Monologue #8 – Mièvreries

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« J’aime ce que tu as écorché de mon âme, ce que tu as laissé derrière toi ; âme bleue, noire, grise, verte, âme nuit de tempête, blanche comme un os rongé, comme une simple surface, polie et repolie jusqu’à ce qu’il ne reste aucune aspérité à sa surface, jusqu’à ce qu’elle ne soit plus rien que transparence traversée de lumières, jusqu’à ce qu’il ne reste presque plus de quoi y voir encore une âme ; j’aime ce que tu as défait en elle, ce que tu y as banni définitivement et je ne suis plus que cette âme niée en son dedans, niée jusqu’à la fin d’elle-même ; j’aime ce que tu as saignée de l’âme que je portais jusqu’alors sans savoir, l’âme dont je m’étais si longtemps couvert qu’elle était devenue comme ma peau et que tu as saignée si longtemps qu’elle ne l’est plus, que je ne porte plus et qui ne vaut plus rien ni comme peau ni comme âme ; j’étais si las autrefois d’être moi, si las d’avoir toujours à donner à mon âme une couleur et maintenant tu es là pour me dire que je n’existe pas, que je ne suis qu’une chose sans âme, une heureuse chose dénuée de tout ce qui donne aux choses la laideur d’exister. »

Hervé Hément, L’arrière-monde, 1942

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