Insomnie #19

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maintenant est le parjure de la grande nuit

papillons noirs lunes brisant leurs têtes

aux fenêtres des villes

 

maintenant est la tristesse des gardeurs

de nuage

l’enclos ouvert sous les champs bleu de juin

le blé coupé qui fait saigner l’orage

 

il couvait mais il n’est jamais venu

tout le désir tombé tout le désir perdu

pour du songe

 

ce qui te ronge a le goût des mûres tendres

peaux arrachées à toutes celles qui passent

une heure est passée depuis qu’il faut dormir

bientôt l’on trompera l’aube avec minuit

 

infidèle avant d’avoir aimé

seul avant d’avoir quitté

la compagnie des choses

Insomnie #18

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en bas de l’ancienne rue – face à la mer, contre les grues -, sous ta peau réelle d’océan, se trouve beaucoup de mots souterrains que nous aurions à nous dire ;

et je suis – saboteur de rade – à la recherche de la langue minière et secrète qu’il faudrait pour les dire ;

je reviens souvent – tous les jours – face aux grues à la nuit ;

je reviens souvent à mon aveu – le vieil aveu ou la tristesse – et j’attends notre effondrement ;

soudain tout a été terminé : la rade avait l’odeur des choses retournées en arrière – à son état de terre ;

en bas de l’ancienne rue – face à la mer.

Insomnie #17 – L’ouragan

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madame j’ai reçu votre tempête et je l’aime

je l’ai regardée longtemps la nuit et j’y ai vu les

monts pluvieux d’Oural de montagnes lointaines

innommées comme le sont les montagnes

l’ouvrant j’ai pleuré d’amour pour l’orage

une grande nuit débordait des fenêtres

j’étais seul j’aimais

toute la chaleur m’était tombée des mains

faut-il toujours que j’aime ainsi

d’un coup

madame les choses ne m’appartiennent plus

elles sont entières à votre ouragan

j’ai cherché à lui plaire mille fois

mille fois j’ai embrassé du vent

il m’est impossible de vivre sans transformer tout

en vagues immenses

ma baignoire hier est devenue océan

je crains de m’y laver en raison des baleines

que j’ai en horreur

le thé que je buvais autrefois par litre

déferle en rouleaux au milieu du salon

tout a été transformé en drapeaux en fanions en banderoles

je suis sujet à otite sévère

à cause des rafales qui traverses ma chambre

mais je l’aime madame votre tempête

et son silence m’accompagne

pour dormir quand je n’y arrive pas

quand je pense à madame

alors qu’il ne faut pas penser

je l’aime votre tempête parce qu’elle très commode

pour s’y noyer et y vivre

Insomnie #16 – La chambre #2

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mille fois la pluie et le ventre

les murs grêlés d’ombres voisines

lumière aux dents brisées

du vent pour les îles amoureuses

que nous laissions de côté

 

l’été lancé sur les fenêtres

la pièce ouverte aux histoires

anciennes

l’amour naissant naissait à peine

 

les bras blancs des malheureuses

si malheureuses ouvrent leurs bras

mille fois la pluie mille fois

je soufflerai à peine notre venue

ton rire sera fondu

à l’été

aux rivières longues et paresseuses

au fond desquels je t’ai trouvé

 

mille fois la pluie et le ventre

le temps passé à l’écumoire

l’amante séchée aux linges

de la veille

je dormirai pour ton éveil

prendrai le matin pour le soir

Insomnie #15 – La chambre

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maintenant je vais dormir

 

habité par une rue où j’ai couru cent fois

derrière ma tête un panthéon ouvrira l’œil clos avant toi

soleil rouge qu’il faudrait faire naître à la place

de tes rêves

 

toute une nuit passera pour m’exercer à l’esquive

le jour vient toujours avec l’idée qu’il faut vivre

mais c’est faux

toute la vie est ramassée

dans les nuits passées

à dormir

 

maintenant je vais dormir

 

l’été aura le goût connu des nuages

de l’orage inondera les feuilles que j’ai laissées

sur le bord des fenêtres

 

des insectes se déposeront en étoile sur le mur

et au matin auront disparus

et j’aimerais toute la nuit t’avoir vu

dans mes rêves

mais cela n’arrivera pas

c’est une idée niaise de poète

qui ne sait pas écrire

 

maintenant je vais dormir

 

la place aura les veines ouvertes d’arbres et de vent

l’échafaudage blanc des voix nocturnes

fera de l’alcool pour mes rêves

où tu ne seras pas

 

nos pensées auront l’ivresse tiède du voyage

bruit de mer ou fleur d’oranger

toute les faussetés qu’il faut dire en amour

 

les étoiles feront des rivets aux étoiles

et nous aurons soudainement perdu le désir d’aimer

 

maintenant je vais dormir

 

la solitude a gagné encore une fois cette nuit

les choses ont rendus l’âme avant d’être peuplées

et tout à dire les choses

et tout à les rêver

l’on dort vite