Insomnie #22

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le matin viendra sur ta vieillesse
nouvelle
il est trois heures juste assez pour
aimer peu

ton désir n’est rien dors demain
tu étancheras enfin
la grande soif ta jeunesse
ancienne

embrasse une dernière fois les embrassées
de ta mémoire
ris de ce dont tu as renoncé aime juste
assez pour n’aimer rien

il n’y a plus de guerre à gagner
ni rien
dors voici le temps venu
pas de craintes

Insomnie #21

20170709_062329 (4)je voudrais écrire sur l’amour
mais ce n’est rien qu’un sujet banal

la première fois je n’ai rien dit
les étoiles faisaient des rivets aux étoiles

ensuite on semblait avoir perdu le désir d’aimer
et je parlais de choses que j’ai oublié

enfin il fallait se souvenir beaucoup
des voiles aux fenêtres de la gare
et du reste

l’avant traine ses pieds sur ma tête
il faut savoir dit-on perdre ce que l’on a aimé
et j’essaie

souvent parfois je me fais croire des choses
et j’aime ailleurs
mais c’est faux

ce que tu aimes est perdu il ne faut pas le dire
la vie pauvre suffit les nuits
blanchies de souvenirs
morts

le lent appétit de l’ennui
déplace tes yeux
là où tu ne risques rien

sur l’amour je n’écris rien
rien à dire

Ville

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deux hommes passent sur la place
où tu bois

ils passent une fois deux fois cent
fois sans te voir

et tout ce que tu fais toi c’est boire

deux hommes passent sur la place
où tu bois

le corps dissout confondu brûlé
la terre entière

est une chose à creuser
qu’il faut rire

deux hommes passent sur la place
où tu bois

l’ivresse son tanin tous les dieux
morts avant d’être tués

rire du soleil et du ciel tombé rire
de la beauté

ouvrir des tranchées gonflées
d’amour vain

il faut boire et se foutre divinement
de la poésie

le temps est compté il faut vivre

deux hommes boivent avec toi
sur la place

loin tu as gagné la Tête d’Or
et les rives

deux crânes verts d’hommes ivres
se confondent

aux prières que tu fais toutes les nuits
dans les chemins déserts

les choses que l’on enlace ne durent pas
elles s’épuisent

deux hommes boivent tu es ivre

aspirent les bouches qui t’ignorent
il faut vivre

la Tête d’or avait le goût du sang chaud
de l’herbe taillée

le ciel trois fois y était renversé
sur le ventre

allons tu es partis loin maintenant
rentre

fuir la grande ville les grandes allées
grouillantes

tous les visages regardés une fois et
aimés

la gorge pleine d’un corps caché craché
à peine mort

soleil couché coupé tombé le pont
d’or

la rue plongée aux rideaux des fenêtres
et le vent

les mains frôlées de ce qu’il est possible
d’être

vois ce que tu aimes et ce qui te
remplace

tu bois à l’aplomb des grands hêtres
sur la place

il fait chaud la nuit tombe tu bois
deux hommes passent

ils passent une fois deux fois mille
fois

sans te voir
tu as bu ce qu’il y avait à boire

Feuilles

20170616_161140 (2)

 

un jour j’écrirai sur les feuilles d’acanthe et de marronnier

l’air si vert de la fin des jours d’été les yeux demi-ouvert

des endormies

 

ce jour nous ferons comme si nous étions les seuls à voir ainsi

et tout sera pardonné

et la tristesse et l’ennui et le secret ramassé des corps joints

par l’aube et le souvenir des anciennes nuits

 

ce jour viendra bientôt et j’aurai peur d’avoir vécu si peu

si peu pour dire le soleil tailladé par les branches

si peu pour dire l’ivresse et les bouches blanches

si peu mon long sommeil sous ce ciel tombé

entre les feuilles d’acanthe et de marronnier

Insomnie #20

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cinq cents pages avant d’aimer encore

l’huile chaude et l’odeur de l’été

le temps d’achever les récits d’un voyage

que je ne ferais jamais

et je viens

 

cinq cents pages

de la misère tombée sur l’épaule

heureux une seconde rends-toi

un temps infini est perdu

il ne se retrouvera pas

 

avant d’aimer encore

dérive à la limite du long rêve

demain griffera la peau

dont tu t’es couvert pour ne blesser personne

 

avant d’aimer encore

soit seul entièrement

brûle les montagnes de papiers futiles

brûle ce qu’il reste à brûler

attends

 

la tristesse souvent dépasse les choses

où je vais elle se dépose

et c’est tout