Septembre

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l’été se termine
le vent est chaud d’aurevoirs à la joie

tous les jardins morts me reviennent en mémoire
l’herbe coupé jaune et le bruit des adieux
le temps passe le temps passe si lent oh les lourdes années

et les pluies qui viennent quand se termine l’été
les fruits qui pourrissent dans les chemins de terre
toute la lumière séchée sur le fil

comme les saisons lassent nos corps à la vieillesse
mon âme pense à ce que ton âme renverse
la rue est déjà froide comme le sera l’hiver

oh les peines lointaines brûlées trop souvent
ce qui pèse passe sitôt qu’on l’enterre
j’oublierai septembre autant que je l’espère

Ego

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Je n’ai parfois nulle part où me rendre et je ne peux alors rien faire de moi. Parfois, les paysages qui peuplent ma mémoire et mon imagination sont brumeux, étouffés par la lenteur d’exister et alors c’est comme si l’ennui prenait le dessus, devenait plus grand que mes montagnes et mes constellations. Se rendre quelque part, c’est d’une certaine manière réellement se rendre, abdiquer, rendre les armes. Si je fais le compte, si je reviens sur mes pas, j’ai l’impression que la majeure partie de nos existences consiste en une résistance farouche contre je-ne-sais-quoi. Parfois, les gens qui passent dans la rue m’apparaissent comme l’armée d’un empire toujours nouveau, toujours mort. Leurs pas, leurs visages, la fausse insouciance de leurs mains jointes, sont autant d’armes dressés contre les choses et ils vivent, comme moi, contre ou malgré. Quand je vais quelque part, qu’importe l’endroit, j’ai le sentiment de rendre les armes et ce sentiment dure un instant à peine, il n’est qu’un effleurement de ce que je pourrais être, mais l’idée du voyage, du départ, l’idée que je ne suis pas accroché mes murs est si proche de l’idée que je pourrais avoir d’être libre, que je crois l’être. L’instant d’après, cette idée laisse place à une solitude radicale qui peut aller jusqu’à l’impression que vivre au milieu des autres, c’est comme être enfermé dehors.

La solitude n’est rien d’autre que cela : éprouver de la beauté et ne pas pouvoir la dire. Le monde apparaît parfois dans son évidente étrangeté et je suis alors incapable de l’épuiser, de le vider, de l’orienter selon des catégories qui lui sont inconnues et qui ne sont, visiblement, que des inventions humaines. Nulle chose n’est utile, rien n’a de valeur et l’idée même de beauté est un à leurre, et si j’use de ce mot ce n’est qu’à défaut d’autre chose ou de rien. Toutefois, la solitude ne vient pas de la distance qui existe entre moi et le monde : il n’y a, dans cette distance, aucun esseulement, seulement un principe. La solitude vient de l’étrangeté que suscite chez d’autres consciences ce sentiment qui est le mien et qui me semble, à moi, être le point de départ de la conscience. Je me sens alors réellement étranger, non seulement au monde, mais aussi au mien. Réellement barbare, ne parlant le même langage, ne désignant rien de commun.

Finalement, et même s’il y a dans cet aveu une faiblesse qui me tue, vivant je ne fais que tendre vers ceux qui pourrait me comprendre et tout en admettant que je suis suffisant à moi-même, je sais que je n’existe tout à fait qu’aux rares moments où les frontières s’effondre entre ce que je suis et ce que sont les autres.

Les marais

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Les marais ont une odeur de lumière qui sauve tout. Le temps y est autre et ce que l’on traverse en les traversant n’est pas seulement de l’espace, mais du temps. L’air même y est changé, saturé d’une poussière verte-or et l’eau liquide remplace les bords de ce que l’on nomme ailleurs le ciel. Tout ce qui nous appelle, tout ce qui a été crié, tout ce qui devait être pensé ou imaginé et que nous avions laissé pour mort, tout cela nous fait signe et parle de nous.

Il y a des lieux où des mémoires semblent s’être ancrés depuis une période si longue qu’il n’est même plus possible d’en faire le récit. Quand nous y sommes, notre vie est remplacée par la tourbe, les ruisseaux charrient une vérité ancienne comme un corps et le moindre espace, la moindre réalité nous étrange, nous distancie, nous rappelle que nous ne sommes là qu’aléatoirement, qu’au hasard, qu’en passant. Les marais font parties de ces rares endroits où il est encore possible de se perdre. Presque toutes les villes ont depuis longtemps perdu ce pouvoir, et avec lui c’est une manière d’être qui a disparu. L’errance est un luxe impossible dans un monde où la moindre vitrine nous rappelle que nous habitons quelque part et que notre visage est connu. Les marais, les ciels étoilés, les horizons bien nets, tracés à la craie sur la plaine ou sur l’eau, les forêts assez denses pour empêcher le jour, tous ces territoires où l’égarement est possible et où il faudrait pouvoir vivre définitivement.

Ici, il fait nuit et la disposition des choses me ramène au calendrier, à l’insistant et délétère passage des jours. Alors qu’aux marais la lumière sauve tout, ici ce qui se sauve c’est l’obscurité et l’ombre. On ne peut croire découvrir quelque chose que dans la mesure où l’on est aveuglé, sourd, insensible à la consistance du vent et exister hors des bornes définies par la rue, la place, les toits, tout cela suppose une folie, une cécité.

Là-bas, dans les marais ou sous les étoiles, c’est comme s’il était possible, un instant, de retrouver la vue et sentir signifie de nouveau comprendre, c’est-à-dire embrasser. Aussi, j’ai peur des marais autant qu’ils me fascinent. Tout ce qui est beau fait souffrir, tout ce qui est simple rend seul, tout ce qui nous dépasse nous tue.

Lisbonne

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vivre a le goût des Villes Basses
et tout ce qui se passe
n’est rien

aussi loin qu’est le Tage aussi loin
l’amour lavé à l’eau claire
le vent tombé à terre
et le temps quotidien

nos rues moyennes ont l’odeur des choses niées
vois tout ce qui est et ce qui a été
Lisbonne a peut-être l’aspect de ton rêve

aussi loin qu’est le Tage aussi loin qu’est la mer
là d’où tu viens et où tu dois rester
tout en toi est donné et tout y désert

souvent je te vois
remonter ta mémoire comme on remonte un fleuve
tes yeux sont posés dans la boue

les promesses mon amour n’ont pas de goût
je viendrai bientôt te le dire à l’oreille
nous descendrons le Tage jusqu’au
vagues

heureuses d’être toujours nouvelles

6:43

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le cœur agité de passions aléatoires, voilà ce qu’il faut engloutir
les peaux multiples sont si peu semblables qu’elles ne peuvent même pas être touchées comme des peaux
chaque fois il faut inventer un mot et crier
la nuit s’emprisonnera chaque fois et chaque fois nous serons enchainé à la terre si basse
si basse des idées

vivons avec les marées imprécises du désir et aimons
la tristesse ne vient qu’avec l’envie de se voir rester
mouvons-nous lovons-nous dans la rivière imitons le lent mouvement du temps passé
il faut tomber pour que les choses se passent
embrassons au hasard l’eau diluvienne
noyons-nous le vertige d’avoir été
viendra

les façades bleues me disent des choses secrètes et aimées
il faut fuir vite les douleurs
tout est passager tout passe si vite mon souvenir
est vif
l’ivresse fait de la mollesse aux choses
je pourrais tendre les bras pour saisir ma vie prochaine
lointaine comme un être sans langage et sans voix

vois vois mon amour comme des choses belles sont belles
d’avoir été aimées
un jour tout finira dans les fenêtres bleutées
l’aurore pourra clore nos lèvres
givrées d’amours faux
va il faut fuir dormir seul les rêves comptent
même la terreur ne suffit pas à ton monde
et ton existence n’est rien quand est loin de moi l’idée

je vais dormir cela sera mieux ainsi
la vitre close et le ciel bénit
l’amertume du vin dans mon sang finira
ton nom répété sous les nuages de l’aube
le mieux est de taire ce que je devrais hurler
le sommeil sera pour nous une terre retournée
doux si doux cimetière du désir
va va va fuit en avant dans la nuit matinale
ton rire écorchera le rêve formé bien avant toi

pour nous autres

oh la beauté rend si seul ce soir
l’ivresse est si pauvre d’avoir été narrée
demain je porterai le souvenir de mon âme
comme l’on porte mille choses et comme mille choses
pèsent

je pourrais aimer mais la peur empêche tout
les nuages font des vagues sous la peau d’un pays
que je ne connaitrai pas

cette nuit qui n’est pas je ferais j’espère
un long rêve