Ténérife

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Les villes sauvages ont besoin d’éclaireurs : tout y brûle comme du papier d’Arménie, tout s’y mélange indistinctement. Ce soir, l’alcool des lampes des lagunes de Ténérife rendent ivre même la terre, même la mer, même la lune et nous sommes rendus fous d’être ainsi au cœur du miracle. Je te vois descendre l’avenue et ce n’est rien qu’une esquive. Les fruits suintent d’une odeur que j’appelle « été » et des fleurs crépusculent comme passent les oiseaux au-devant des nuages. Mais tu ne descends pas la rue, non : cent choses se déplacent autour de toi immobile, cent choses passent, laissent un espace vide que je nomme toi. Des corps se fondent, font une matière molle où tu existes à la manière d’une idée qui ne serait formulée qu’à peine, qui resteraient à l’état de germe. Être resté au bout de notre langue commune, lèvre brune d’un pays que nous avons fantasmé longtemps et que nous pensions avoir perdu, tu es là, au bas de l’immeuble et je te vois passer, mon amnésie prochaine, mon deuil toujours recommencé, je te vois vivre comme on délivre un secret à l’oreille.

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