Le salon de la gare

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cet homme a dans sa gorge un hoquet
d’adieux – il croit avoir été laissé seul
et demande : « que s’est-il passé ? »
alors que rien n’a jamais lieu

sur le siège de la gare il rumine
ce premier et unique crime
de s’être rendu vivant

il se lève une fois entièrement abandonné
et part derrière la vitre propre tirer
sa longe – longue corde trainée
tenue comme une promesse

ce qu’il porte
(manteau gris, chaussures noires,
sac de plastique, choses à boire)
est une petite assemblée coupable
qui remue une odeur d’huile

il voit quand on le voit et demande :
« qu’est-ce qu’il y a ? »
et l’œil ne voit rien reste muet

sa tête est parfois sur le muret
de fausses pierres de la gare
du faux lierre pousse mimant le vrai

il a sur la peau cette vieillesse qui brûle
hurlante au fond du puits de la pensée
il va debout comme allongé
treille sèche tickets de caisse papier froissé
son couteau quelque fois le blesse
front ventre pieds
le chien est mort reste la laisse
qu’il caresse en dormant

Le vieux

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Il y avait ce vieux

vieux d’avoir mâché son âge comme une feuille de tabac
enfant qui longtemps chercha refuge et qui n’en trouvant pas
enfanta sa vieillesse comme deux mains pour cacher son visage

vieux d’avoir glané sa terre d’avoir gratté son champ
vieux d’être confondu au soulèvement des poussières
ligne lentement courbé de l’horizon ou vol inachevé des lumières

Il y avait ce vieux

crachant sa salive noire sur le sol en nuage
hoquets ployant sa nuque pour le ciel renversé
de cette vieillesse qui va frottant son pied sur le carrelage

enfant qui ne fut l’enfant de personne
orphelin s’ignorant et finalement reconnu
soudain rendu seul comme l’arbre au champ qui peine

Il y avait ce vieux qui devant moi pleurait.