Tous les vieux arbres se terminent

J’effeuille les branches d’un vieil arbre, me souvenant qu’il a été nouveau. L’écorce résiste et cède. Me voilà tenant dans mes mains la large plaque blanche de boulot ou de cèdre. Arbre qui n’existe pas – avant moi, lentement dépecé, dont il n’en reste rien. Peut-être marche-t-on, quelque fois, au lieu de son destin, domaine qui persiste après toute disparition. Promenade dans les futaies d’une forêt incendiée. Arrière ligne d’un brasier lointain. J’avance au milieu du rouge des lumières, comme une longue trainée coupe-feu disposée sur les flancs d’une colline à protéger.

Tous les vieux arbres se terminent, pense-t-on, ils brûlent. S’ils ne brûlent pas, ils sont entourés de barrières et ignorés totalement. Le quadrillage des bois d’autrefois a été terminé. Ma mère, mon père ne cessent de désigner des points du paysage qui étaient, en un temps reculé, peuplés de bosquets sombres. Chemins où ils allaient. Pastorale devenue traversée du désert. Quand ils parlent de cette manière, pointant du doigt le lieu-dit évaporé, la région des cabanes, des cachettes, des haies creuses, la voix se voile un peu en arrière : elle aussi est brûlée.

Moi, j’observe depuis une certaine hauteur les tours transparentes d’une très grande ville. Il m’arrive de me taire quand je devrais parler. Mon esprit pointe du doigt le pays réservé à l’absence, ce canton discret disposé dans le pli d’un bois connu de moi seul et que j’aime, qui restera fermé.

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