L’Île #6

J’invente cet homme éveillé d’un cauchemar et qui, dans la nuit, tâtonne à la recherche de la lumière et, ne la trouvant pas, s’engouffre dans la salle de bain attenante à sa chambre. Là, dans la petite pièce tapissée de motifs hallucinés, la clarté de la lune offre assez de lumière pour qu’il puisse être sûr de n’être pas devenu aveugle. Mais, en même temps, devant lui se trouve le lavabo et il s’entraperçoit, un instant, dans le miroir. Avant que ses yeux aient pu identifier la forme de son visage, il croit voir un mort, une dépouille, puis, quand il se reconnait, ce n’est pas lui immédiatement qu’il regarde, mais la face blême de son propre cadavre. Non pas de son cadavre prochain, non pas de sa mort future, mais bien du cadavre qui l’habite, qui est toujours en lui. Ensuite, évidemment, cet homme ne peut plus se recoucher sans penser à sa posture – posture de gisant, allure d’embaumé. Il ne peut plus regarder son reflet ni les traits de quiconque sans apercevoir le cadavre dissimulé sous la chair incarnée. Cet homme que j’invente est mon livre potentiel, mon livre à venir, cet homme que j’invente est ce que mon livre pourrait faire en moi.

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