L’Île #7

On dit de quelqu’un qui voit sa mort en face qu’il ne sera « jamais plus le même ». Une telle idée m’apparaît comme la plus délicieuse, la plus enviable. Je ne me souviens pas avoir, dans ma vie consciente, aspiré à autre chose qu’à ceci : confirmation de ce que je ne suis « jamais plus le même ». L’ordre de mon existence, la forme bien connue de mes habitudes, le rituel même de l’écriture me corrompent de la manière la plus abjecte qui soit : en me figeant définitivement dans une identité. J’aimerais croire au romantisme d’une vie vécue de telle sorte qu’elle change, qu’elle n’est jamais semblable. Mais, je sens en même temps comme l’enfant de six ans que j’étais pense comme moi-même. Je ne veux pas dire au sens charmant et lyrique d’une enfance du jeu que je trouverais encore dans mon cœur, mais au sens d’une banalité qui aurait, dès ma naissance, tout recouvert et qui épuise encore tous les aspects de mon existence et de ma pensée.

Manon dit souvent une chose très vraie qui est que les idées que j’énonce peuvent souvent être entièrement renversées et paraître aussi juste. Pour finir, tout ce que je dis et tout ce que je fais pourrait être renversé et être semblable. Bien sûr, le sens de ce que je dirais alors, le sens de mes actes serait différent, mais l’impulsion initiée, le mouvement latent, l’intention ne changerait pas. Je me retrouve partout, comme l’enfant qui, du haut ou du bas de l’escalier, partage une même frayeur et une même volonté.

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