La tradition voulait.

La tradition voulait. Ce qu’elle voulait, certes, avait été perdu, mais nous savions. Nous savions que bouger n’était pas simple, que parler n’était pas rien. Nous dansions. Certains d’avoir été maudits, car nous avions oublié. La tradition voulait. Nous allumions des feux pour jeter nos prières. Les nôtres mourraient croyant déterrer un secret. Sourire aux lèvres, comme des conjurés. La vie passait à frapper nos talons contre le sol. Le bruit de nos talons. La terre soulevée par nos talons. Nous mangions des fruits et nous pouvions pleurer. La tradition voulait et nous l’avions laissé. Laissé quelque part, on-ne-sait où. Le vêtement oublié de la tradition. Certains disaient qu’elle était robe, d’autre manteau blanc. Mais nous pouvions pleurer à penser ses déchirures. N’importe quand. Comme ça. Nous pleurions. Encore aujourd’hui, nous pleurons. Nous pleurons ce qui est perdu et ce qui reste à perdre. Nos morts ne savent plus rire avant de s’enterrer. Nos pieds ne savent plus tourner autour d’un feu. Nos yeux sont éteints par la poussière. La tradition voulait. Veut-elle encore ? Personne ne le sait. Personne ne sait quand commence la tradition ni quand elle se termine. Il se passe qu’un jour l’un de nous cesse de dire ce qui toujours est dit. L’un de nous ne danse plus. Ne répète plus la prière. Personne ne sait quand celui-là cesse de parler, mais il cesse. Personne ne sait quand celle-là ne danse plus, mais elle est immobile. Ce jour-là, la promesse est perdue. La tradition voulait.

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