Maîtrise de l’incendie

De tous les beffrois qui brûlent,
le tien est le dernier.

Des campagnes, viennent à pieds
les enfants et les hommes.

Des femmes frappent sur le damier
d’une nappe de ciment.

Fond sur le parvis la cloche
de notre père,

qui se promène au sentier
d’ennui amer.

Liquide cierge de cuivre,
d’étain, de pierre :

entre ses pieds s’ouvrent l’enfer
d’un escalier sans fond.

Les familles battent le champ
en récitant comptines.

A la fenêtre, tu entends
leurs chants dans les sillons.

Des fermes humides et sûres
vient le chaos des couverts.

Au village, l’incendie est
une cape de géant,

ciel d’étoiles et de piments.
L’enfant réclame son dessert.

La vaisselle bouillonne quand
s’effondre le haut clocher

Personne n’entend tomber
l’étage de tes prières.

Petits cailloux amoncelés
dans la chaussure d’un vagabond.

L’enfant ramasse bâtons, pommes
de pin, projectiles

qu’il lancera aveuglément
dans la tête des hautes flammes.

Tous s’approchent de la porte
du village ou brasier

et se souviennent d’avoir laissé
l’objet précieux dans le buffet.

Langue malade lèche
la façade d’une vieille maison :

grande, lourde et rêche,
qui se transforme en cendre.

De tous les greniers le tien
est celui qu’il faut vendre,

celui qu’il faut céder,
celui qu’il faut vider
ou celui qu’il faut prendre.

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