Cet évènement

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pense
penses-y

le simple évènement

le simple évènement de la ressemblance
ce simple évènement de la ressemblance
cette simple ressemblance

ce simple évènement là
cet évènement-là de la ressemblance

cette ressemblance-là
ce simple évènement-là

ici
ici-même
ici

ce simple évènement
ici

la ressemblance qui
ici
a lieu

qui a lieu ici

cet évènement qui n’a lieu
qu’ici

pas ailleurs
jamais ailleurs

la ressemblance qui n’a
jamais ailleurs eu lieu

ce simple évènement de la ressemblance
qui a lieu ici
maintenant ici

qui n’a pas lieu
ailleurs que là
où nous nous trouvons

simplement là
où nous nous trouvons

ce simple rapprochement
qui fait la ressemblance
l’évènement de ce rapprochement
l’évènement de cette ressemblance

ces évènements qui n’ont lieu
nulle part ailleurs
que là
là où nous nous rapprochons
là où nous nous ressemblons

ce simple évènement
cette évidence

cette évidence qui veut
que nous nous ressemblons
que nous nous rapprochons

ici
maintenant
pas ailleurs
pas plus tard

penses-y

Ce n’est pas la même chose

Ce n’est pas la même chose, l’orage, que d’être triste ou que d’être abandonné. Ce n’est pas la même chose d’écrire dans le silence ou d’écrire dans l’étouffé. Ce n’est pas pareil d’avoir le message rangé dans sa poche ou posé sur sa langue, de mâcher les billets doux ou bien de les cracher. Comment écris-tu puisque ce n’est jamais la même chose ? S’il t’arrive de parler à voix haute, souvent, c’est aussi dans ton ventre, dans ton cœur, dans ta tête que la parole va se nicher. Rien. Ce n’est pas la même chose d’être sur le point de le dire ou de l’avoir nommé. Ce n’est pas pareil la tempête ou la poussière qui se soulève.

Meringue et transcendance

Quand j’avais dix-huit ans, je touchais facilement la transcendance du doigt. Elle était disposée devant moi sur l’étal des idées et je la choisissais bien molle, bien mûre et bien juteuse. De tous les fruits de la pensée, la transcendance était le plus sucrée et le plus délicat. Il n’était pas difficile de digérer le transcendant et je l’expulsais souvent sous forme de gaz à mes interlocuteurs réels ou fictifs dans de longs monologues audacieux que j’imaginais environné de silence.

Maintenant, la transcendance me fait l’effet des meringues que je mangeais enfant et qui m’écœurent aujourd’hui. Le silence et les nuées, le crépuscule et l’éternel, tous les bagages du mystère à emporter, toutes les affaires métaphysiques me sont indifférentes. C’est l’âge, dit-on, qui fait pourrir en soi le désir des hauteurs. Nous vivons dix, vingt, trente ans dans un monde plat. La verticale des choses n’est pas notre étalon. Nous brisons les barreaux de l’échelle de Jacob.

Demain, je me courberai comme un vieux dans un jardin fleuri. J’arracherai les ronces et les orties du petit chemin de pierre. Lente et longue descente jusqu’à l’élémentaire comme on tombe dans un puits.

Orphelines

deux dames se plaignent d’avoir attendu « une heure et demi sans pain » l’arrivée de leur plat

avant cela elles n’avaient pas bougé
ni signalé au serveur leur présence et l’oubli

c’est d’un coup qu’elles se sont plaintes
d’avoir été laissées

toujours d’un coup on se souvient
qu’on est abandonné

dans la rue
à la table
n’importe où

dans notre gorge brusquement
le goût
d’un monde abandonné

pas seulement seul
mais orphelin

le serveur s’excuse
mais cela ne sert à rien

on ne peut racheter une heure
ou dix ans d’abandon
par l’excuse ou le pardon

Comme si

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comme si je n’avais pas oublié d’avoir faim

comme si je n’avais pas oublié d’avoir mal

comme si la soif n’ouvrait plus ma bouche

comme si la mort ne baignait plus mes seins

comme si je n’oubliais pas d’avoir le ventre bien ouvert

comme si je ne sentais pas mon ventre bien ouvert

comme si je ne pleurais pas mon ventre bien ouvert

comme si je ne perdais pas mes forces

comme si ma force était infinie

comme si je voyais le jardin

comme si je regardais encore le jardin

comme si je ne clignais pas des yeux

comme si je n’avais pas mordu ma joue

comme si le sang ne coulait pas

comme si les coups ne venaient pas

comme si je n’avais pas mes tempes rouges

comme si le temps ne passait pas

comme si je n’entendais pas le bruit

comme si le bruit m’attendait derrière la porte

comme si la porte n’était pas close

comme si la porte n’était pas derrière moi

comme si je n’étais pas aveugle

comme si je n’avais pas la bouche sèche

comme si je n’avais pas le ventre bien ouvert

comme si je ne sentais pas mon ventre déchiré

comme si je n’étais pas déchiré

comme si le vent passait

comme si la fenêtre était entrouverte

comme si je t’endentais encore

comme si je te savais encore là

comme si je n’écoutais pas mon cœur

comme si mon cœur ne battait pas

comme si je n’avais rien perdu

comme si je n’étais pas abandonné

comme si je n’avais pas envie de dormir

comme si je croyais encore au sommeil

comme si je n’avais pas griffé ma paume

comme si je ne t’avais griffé

comme si je ne t’avais frappé

comme si tu n’avais pas frappé

comme si je n’avais pas froid

comme si ma langue n’était pas morte

comme si je n’avais pas faim

comme si mon ventre n’avait pas faim

comme si mon ventre n’était pas vide

comme si mon ventre n’était pas vide

comme si mon ventre n’était pas vide