Infans

L’enfant dans l’enfance est retenu. C’est ce que l’on dit de la tragédie. La prophétie est rendue à quelqu’un qui n’a pas la parole – infans – et qui ne dira jamais ce qu’il sait pourtant depuis le début. L’acte se déroule sur le plan horizontal de la chronologie et jusqu’au bout, à droite de la scène, l’enfant se tient immobile. Et, non seulement il se tient, mais il tient aussi sa langue, il retient sa parole. L’enfant n’est pas retenu par un temps cruel qui l’enchaîne au mur initial de la naissance, il n’est pas contenu par une mémoire méchante qui le repousse, à deux mains, dans le fond du jardin des survivances. L’enfant n’est pas muet, il se tait. Ceux qui, devant lui, se taisent et regardent le spectacle avoir lieu, sont comme eux aussi des enfants. Ils assistent à l’écoulement d’une rivière que le sang viendra teindre. L’enfant ne répète pas la prophétie. L’oracle qui dit l’augure enclenche la machinerie des murmures et des cris. La machinerie du silence. L’enfant sait que prononcer un mot c’est devoir le terminer. Les mots doivent se dire tout entier. L’enfant sait que commencer à parler c’est commencer à mourir.

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