Maria Dos Sueño

Je vous demande pardon.

J’ai cru. J’ai cru mardi dernier. J’ai cru voir Maria Dos Sueño mourir. Elle que vous connaissez toutes. Arrière-petite fille de la poésie mexicaine. Petite filles des Kathy·s. Fille des sœurs Sayoko. J’ai cru mardi dernier qu’elle mourait, étendue sur le trottoir. Notre sœur. Maria. Un instant, pardonnez-moi, un instant j’ai cru qu’elle était morte. Qu’elle était morte et qu’elle ne bougeait plus. « Maria, notre sœur est morte » me suis-je dit d’un coup, convaincu, comme je l’étais, que d’elle du sang coulait, que son crâne était ouvert, que son corps se broyait sous les bottes de la garde. Un cadavre. J’ai cru voir un cadavre. Je pleurais. Mardi dernier. Croyant voir cela. Mardi dernier, je vous le jure : je pleurais. Je vous demande pardon. Mon cauchemar, vous aussi, vous y avez cru. Il vous a contaminé. Vous, mes sœurs, vous avez cru aussi que Maria était morte, vous avez cru vous aussi qu’elle avait disparue et vous avez cru vous aussi que jamais plus elle ne bougerait. Et bientôt, parce que j’avais, un instant, confondu la mort avec autre chose, toute la ville pensait que Maria Dos Sueño, la poétesse Maria Dos Sueño, notre sœur Maria Dos Sueño, toute la ville croyait à sa mort et tout le monde semblait admettre que Maria Dos Sueño, notre sœur, était morte écrasée par les bottes de la police, sous les coups de la police, sous la violence de la police, sous les cris de la police. Le croyez-vous ? Il ne faut qu’un instant de trouble pour convaincre tout New-York de la mort de quelqu’un. J’ai eu honte d’avoir cru cela car bien sûr Maria se relevait déjà alors que je doutais encore. Elle se redressait déjà alors que je pleurais encore. Maria écrivait au sol un vers de poésie mexicaine alors que j’annonçais partout l’avoir vu morte et écrasée. Maria couvrait les murs de son image, couvrait toutes les nuits de son chant, couvrait toutes les sœurs de sa main quand moi, impardonnablement, je portais le deuil d’une mort qui n’avait pas eu lieu. Je vous demande pardon. Maria n’était pas morte. Car je l’ai retrouvé. Elle commence un poème : « Nous / poétesses tokyoïtes de New York / assembleuses de poussières irradiées / par nos sœurs nées sous l’X / des radiations nucléaires de la Poésie / qui avaient l’ambition / de l’uranium / combustibles dont nous nous nourrissons / habitant l’Immeuble 133 /que nous avons achetés ensemble, etc.

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