Meringue et transcendance

Quand j’avais dix-huit ans, je touchais facilement la transcendance du doigt. Elle était disposée devant moi sur l’étal des idées et je la choisissais bien molle, bien mûre et bien juteuse. De tous les fruits de la pensée, la transcendance était le plus sucrée et le plus délicat. Il n’était pas difficile de digérer le transcendant et je l’expulsais souvent sous forme de gaz à mes interlocuteurs réels ou fictifs dans de longs monologues audacieux que j’imaginais environné de silence.

Maintenant, la transcendance me fait l’effet des meringues que je mangeais enfant et qui m’écœurent aujourd’hui. Le silence et les nuées, le crépuscule et l’éternel, tous les bagages du mystère à emporter, toutes les affaires métaphysiques me sont indifférentes. C’est l’âge, dit-on, qui fait pourrir en soi le désir des hauteurs. Nous vivons dix, vingt, trente ans dans un monde plat. La verticale des choses n’est pas notre étalon. Nous brisons les barreaux de l’échelle de Jacob.

Demain, je me courberai comme un vieux dans un jardin fleuri. J’arracherai les ronces et les orties du petit chemin de pierre. Lente et longue descente jusqu’à l’élémentaire comme on tombe dans un puits.

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