4. Carnet de prison – L’indigestion

Jeudi dernier mon voisin a failli se tuer.

Contrairement à ce que tu peux imaginer, ce n’était pas de désespoir mais de joie (la joie tue plus ici que n’importe quel couteau).

Jeudi matin, un maton lui donne une lettre arrivée la veille (il n’en avait plus reçu depuis trois ans je crois). Après lecture (son contenu ne compte pas), il commence à suffoquer. Qui n’a pas cessé de respirer pendant trois ans ne peut savoir comme c’est insupportable. Quelqu’un (son père, il me semble) a pensé qu’il était encore là. Il s‘étrangle. Devient bleu alors qu’en lui reflux toute la vie niée depuis longtemps.

Deux gardiens viennent alors que je frappe comme un damné sur la porte de fer noir et le sauve, je-ne-sais-comment.

Ici nous sommes tous des morts de faim. Viens me voir et donne-moi une minute de joie digeste pour n’importe qui d’autre et je m’étoufferais.

La vie est insupportable en prison.

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