Nostalgie – dix-neuvième lettre.

Les détenus font preuve d’un sentimentalisme INSUPPORTABLE.

Tu ne me croiras pas, mais la prison n’est rien de moins qu’un cercle de parole, un INSUPPORTABLE cercle de parole : cercle d’aveux et d’abjectes condamnations, cercle d’éternels regrets.

Je ne croise pas un seul détenu qui ne souhaite pas me parler de sa mère et de ses sacrifices. Toutes les mères sont sacrifiées ici et elles sont toutes misent en branle par la nécessité sacrificielle.

Moi-même, je parle maintenant de ma mère à qui veut l’entendre. Je ne parle jamais de ma mère réelle, dont je hais l’esprit petit-bourgeois et les pleurnicheries, mais d’une mère fictive que je me suis surpris à inventer avec une aisance remarquable en puisant dans le fond commun de la nostalgie.

Car, oui, ici la nostalgie n’est pas privée, mais commune : elle est un pot commun où tous nous puisons l’énergie vitale de nos sentiments et où nous déversons le carburant morbide de nos passions. C’est bien simple, ici, une nostalgie privée est fatale et tue dans les trois jours. Un homme qui commence, par fatigue par exemple, a alimenter le réservoir de sa nostalgie intime, se pend presque systématiquement, et avec un grand sourire encore.

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