Diablo II et les artefacts quotidiens – épisode 1


Je pense à ramasser les détails – les miettes d’une table d’après-midi, le couteau aux multiples reflets, les coques abandonnées par terre, la bouteille vide et son ombre, les grains de poivre, le café froid.

Je rapproche ce pays d’attributs – l’après-midi des miettes, les multiples reflets de la lame, l’abandon des coques, le vide ombreux de la bouteille, le poivre du grain, le froid du café – des objets magiques de mes jeux vidéo d’enfance.

Des après-midis entières à jouer à Diablo II avec Ronan. Chercher les objets communs, rares, uniques. Artefacts attribués – qualifiés par des pouvoirs et des noms reconnus. Combiner, dans le Cube Horadrim, les pierres précieuses. Requalifier les choses ainsi.

J’imagine le monde semblable où se combinerait l’après-midi et le reflet, l’abandon et le poivre, pour former de nouveaux aspects, des êtres nouveaux et légendaire.

Comme ce jour où, avec M., nous nous sommes éveillés dans une chambre transformée en immense camera obscura parce que la fine lumière du matin passait par un minuscule trou dans le volet roulant et projetait, sur le mur blanc de la chambre, l’image inversé de la façade de l’immeuble d’en face.

Comme ce jour où j’ai marché sur le ciel, à marée basse, parce que la mince pellicule d’eau était parfaitement plane et que le ciel était parfaitement rose.

Donc – ramasser les détails.

Traverser la ville à la recherche d’artefacts de formes et de lumières. Refaire les routes connues, comme nous répétions, avec Ronan, les itinéraires dans les niveaux de Sanctuaire. Ramasser les objets que laissent derrière eux les monstres, comme nous les amassions, avec Ronan, pour les vendre à Tristram.

L’idée toute simple que, considérée sous un certain angle, ma vie entière est une aventure semblable à une quête d’objets mystérieux, uniques et précieux.

Combien de monstres pourrais-je détruire muni du souvenir du miroir d’eau magique de la plage des Blancs Sablons ? Jusqu’où pourrais-je aller en chevauchant la mémoire de mon père qui chantait C’est une maison bleue en bricolant – lui qui ne chantait jamais ?

Comme si je tenais mon souvenir et mes sens comme mes personnages numériques tenaient leurs arcs et leurs épées, leurs bâtons de bois noueux aux propriétés fantastiques, leurs jades blanches et irisées.

Tout le bestiaire des détails – zoologie fantasmatique des raies de lumière dans un volet mi-clos, passage secret des retrouvailles sous une pluie torrentielle, code de triche des billets de cinquante euros égarés dans une rue.

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