Sonia Hill – Nourritures (Février 2098)

Partir de New-York. Je ne prendrais pas l’aérotrain – je ne veux pas dévaler à 1000 km/h le pays, mais aller lentement, très lentement. Le chaos et la désolation de l’ouest ne m’attirent plus. Je suis fatigué, si fatigué des mortes, et plus encore de celles qui vivent encore, absolument désespérées. Nous sommes de vieux esprits dans une maison hantée qui, à vrai dire, ne fait plus peur à personne.

Naviguer vers l’est dans ce cargo où rien n’est fait pour moi. Peut-être rejoindre l’Europe.

Depuis que j’ai compris que je ne pouvais plus rester plus longtemps dans cette ville (qui, à mes yeux, n’est plus qu’un cimetière que de vieilles femmes désirent encore obstinément fleurir), je suis pleine de méticulosité scientifique dans mes observations. La certitude de n’avoir définitivement plus rien à faire ici combinée à la tristesse d’y avoir laissé non seulement mes rêves, mais même la possibilité de l’espérance, me laisse libre de voir ce qui, autrefois, restait tapis sous le manteau du désir et de l’engagement.

Delila croyait au Miracle, mais Delila est tombée (morte dans un arbre, comme il convenait à sa nature d’oiseau) et depuis sa mort je ne me sens plus tenu de croire, avec elle, aux fondations de toute les luttes, et de la notre en premier lieu. Sans rien renier, j’accepte ma totale solitude et je me fie aux vents : laquelle se lèvera pour dire que je trahis ? La vérité est que, pour la plupart, elles se sont sauvées bien avant moi : sauvées par la mort, sauvées en perdant non seulement la raison, mais même le corps. Soit.

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