Ma mère chante

Je viens de raccrocher. Ta voix, mêlée au ciel rose de Dax, me rappelle soudain les retours de chez Momo, quand tu conduisais sur les petites routes de la campagne bretonne et que tu chantonnais. Chantonnais-tu ? Je me demande. Je suis de nouveau l’enfant qui, assis à l’arrière de la voiture, tend l’oreille pour entendre sa mère. J’ai sept ans. J’écoute le bruit du vent qui passe par la fenêtre ouverte. J’écoute les roues et les oiseaux. J’écoute Goldman qui sort de l’autoradio. Et, parfois, quand tu ralentis ou que le vent se calme, je t’entends fredonner – ta voix dépasse rarement le bruit ambiant du monde, je dois chercher à l’entendre. Je suis l’enfant qui cherche le chant voilé de sa mère et mon amour pour toi est cette quête. J’ai sept ans. La nuit tombe entre les arbres justes avant le bourg de Ploudaniel et tu t’arrêtes une minute acheter du pain. Je te regarde entrer. Chantes-tu ? Tu reviens avec deux baguettes et tu me donnes le crouton à manger. La voiture redémarre. J’ai sept ans et je ne sais pas le chemin qui mène de chez Momo à chez nous. Je compte les minutes aux chansons de la cassette. Je voudrais rester à l’arrière, à t’écouter chanter – mais chantes-tu ?

Maintenant que je me tiens devant le ciel rose de Dax, je me demande si tu savais que ton fils t’écoutait, à l’arrière et qu’il t’écoute encore ? L’amour de son enfant est un secret caché dans ses oreilles tendues.