26.10.22

A New-York depuis trois jours.

Difficile d’écrire au sujet d’une ville au sujet de laquelle tout a été dit.

Ce sentiment du « tout a été dit » qui m’accompagne partout. Impression bizarre de déambuler dans un immense « déjà vu ». New-York confirme New-York à chaque instant. Des verticales ahurissantes de Manhattan aux coins très pauvre du Bronx où nous logeons. Tout m’a déjà été dit cent fois.

De la même manière, cet adjectif classique pour qualifier New-York, son architecture, sa frénésie : démesure. La « démesure de New-York » elle aussi est confirmée partout. Mais, d’une certaine manière, cette « démesure » n’est pas exactement celle que j’avais anticipée. La « démesure » de New-York c’est, pour moi, la démesure devant New-York. L’œil démesuré.

Un building aussi haut que la tour Eiffel (unité de mesure de l’immensité pour un français) apparaît toujours très grand, mais, au bout de trois jours, il n’apparaît déjà plus « si grand que ça ». L’œil démesuré c’est le trouble de la proportion, le trouble de la distance, le trouble des grandeurs. Requalification des unités.

La « démesure » c’est aussi la confrontation de points de vue incommensurables et presque entièrement séparé. A Paris, n’importe qui peut prendre de la hauteur sur la ville. Il faut grimper la colline de Montmartre et Paris est embrassé d’en haut. Ici, le monde d’en haut est absolument séparé du bas. Il faut payer cher pour avoir le droit de voir d’en haut la ville qui nous écrase. J’imagine que beaucoup de new-yorkais habitent cette ville sur une seule tranche : depuis la rue, depuis les premiers étages des immeubles, et ne la connaissent « d’en haut » que par l’intermédiaire d’images d’Epinal, c’est-à-dire exactement comme moi.

La « frénésie » new-yorkaise apparaît par contraste avec l’assurance paisible et placide des façades de verre des gratte-ciels. A Paris, les lieux réservés sont partout aussi ; personne n’entre dans les beaux appartements du 16ième et un nombre infini d’hôtels particuliers, d’administrations, de jardins secrets cachés par de hauts murs, séparent le monde en deux. Mais, ici, ces lieux réservés surplombent et aveuglent même le ciel. La géographie entière de la ville est travaillée par le club privé des buildings. Le monde entier regarde New-York à partir de ces zones franches qu’un pourcentage limité de new-yorkais fréquente vraiment.





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