Insomnie #2

Bientôt trois heures.

Nuit furieuse posée sur la rue. Il te faut dormir avec son visage, étoilé et tendu partout autour de toi. Veille éclatée, étouffée d’angoisse et de spectres. Tu peuples encore ta nuit de choses qui n’existent pas, afin que tout puisse être, un jour encore, justifié. Mais, maintenant, c’est l’heure où l’ombre suppose que quelque chose se passe et tu brises l’uniforme mémoire de ceux qui, comme toi, ne dorment pas encore. Aime ainsi la délicieuse amnèse des gisants, des fantômes, des absents, des menteurs et du peuple sommeillant partout autour de toi. Au-dessus et au-dessous ce sont une interminable suite de corps couchés qui respirent. Mais, maintenant, c’est l’heure vouée aux plaies et aux expirations. Mais, maintenant c’est l’heure où tu aimes seul et sans recours aucun. Il te faut trouver ce sommeil, déployé et laiteux, où tu peux cesser de penser et d’écrire. Des bribes te sortent de la bouche  et fragmentent le moindre morceau d’espace qui t’entoures. Peut-être réussiras-tu, un moment, à muer ton angoisse en ivresse et justifier ta présence. Mais, il n’en reste pas moins qu’il fait froid et que personne ne bouge, et que tu es là, seul, avec ton incapacité chronique à vivre simplement ; et que tu ne peux faire autrement que d’expirer une lucidité fébrile et factice, qui te répètes, à longueur de journée, que tu ne parles à personne.

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