Perdre

Depuis que tu sais que tu peux te lever tous les matins en ayant perdu quelqu’un, tu apprends, consciencieusement, à éteindre la lumière. Derrière toi, dans la nuit, un feu ne brûle plus et là où est la cendre ton deuil chauffe la terre encore. Quelqu’un est mort hier, c’était ton père, ton oncle, ta sœur, quelqu’un que tu n’as pas connu mais qui tu pouvais croiser, n’importe qui de nouveau et que tu ne verras plus, à qui tu ne peux plus parler. Tes épaules pèsent sous le poids des cadavres que ta vie débarrasse, derrière-toi, comme se déversent les remorques trop chargées sur les routes qui cahotent. Tu peux tout déménager pourtant. Tout déménager. On ne bouge pas les cimetières. Croix et sépultures sont fichés dans la terre. Elles ne se perdent pas. Petites chambres glacées que tu voudrais obscures mais qui ne cessent plus de faire images en toi.

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