Le Rhin

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La vérité est un couteau. L’abîme frappe à ta porte. A ton passage le monde répète : « un seul mot et tu es perdu » ; et tu aimes ce vertige autant qu’il te dégoute. Où sont pour toi le Tage, le Rhin et la Bohême ? Où sont pour toi les villes rouges et les étés perdus ? Ta fenêtre ouverte a le goût des lâchetés et tu rêves avant d’avoir été. Souvent, autrefois, le crépuscule venait avec ta joie : maintenant son enfance passe et brûle sur des coteaux brisés. Tu sais, vivre c’est toujours trahir l’idée qu’on se faisait de la vie. En toi tu avais l’angoisse de la guerre prochaine et des sombres années : mais il n’y pas d’armée et le jour est trop haut pour les ombres. Peut-on vivre ainsi d’avoir si peu été ? Tu te souviens tous les jours d’un temps que tu n’as pas vécu, où tu n’étais pas né et pourtant tout ce que tu reconnais de grand s’y trouve, tout ce que tu crois valide et beau y est. Mais la vérité est un couteau tranchant et tu saignes. Le Rhin n’est rien pour toi : il passe comme un fil dans le chas d’amours qui ne sont pas les tiennes. Ouvre ta porte, ferme ta fenêtre : vivre dans l’aube vaut mieux que ne pas naître.

 

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