Sauvetage – vingt-cinquième lettre.

Depuis la mort de D. mon codétenu ne fait que parler d’un plan d’évasion qu’il nomme « plan de sauvetage ».

Pour le moment, ce plan n’est rien qu’une certaine manière de ramasser ici et là des objets qui trainent par terre. Cailloux particulièrement aigus, ficelles, éclats de verre et même, ne me demande pas pourquoi, deux plumes de rouge-gorge.

Je ne me moque pas de lui. J’ai moi-même un petit paquet de babioles prêtes sous mon lit au cas où une mutinerie me laisserait le champ libre.

Mais toi, tu ne peux pas comprendre. Vous autres, vous ramassez des galets sur les plages et vous n’en faites rien. Ce n’est pas bien grave : les galets s’empoussièrent dans un bocal de verre crasseux sur le buffet de la cuisine. Pour nous autres, la découverte par l’administration de nos déchetteries personnelles nous conduirait directement à l’isolement pour deux semaines et donc à une mort psychique plus définitive que la mort physique ou que toutes autres morts que tu peux imaginer.

Tu ne peux pas te moquer d’un homme qui sauve deux plumes d’oiseau du néant et qui prend pour cela le risque de sa propre disparition.

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